L’histoire de Canet possède son lot d’anecdotes et de surprises. À travers 5 épisodes, la gazette vous amène dans le passé de notre terre qui a bien changé avec les âges.

D’après l’historien et archevêque Pierre de Marca (1594-1662), les salins existent dans le Roussillon depuis l’Antiquité. Denrée de première nécessité, le sel était indispensable à l’alimentation du bétail. Il était surtout le seul moyen de conserver les aliments (viande, poisson).

 

Source de richesse durant des siècles

Pour la commune de Canet, les salins étaient situés au lieu-dit « els salissos » entre l’étang, la colline de l’Esparrou et le village. Ils étaient exploités depuis l’époque romaine jusqu’à l’annexion du Roussillon (1659 et le traité de Pyrénées). Cette activité était source de richesse pour le village car il fournissait presque tout le Roussillon. Pour en produire, on faisait venir l’eau salée au moyen de rigoles ou de poulies. On la recueillait dans des bassins et sous l’effet du soleil et du vent, elle durcissait sous forme de sel. Jusqu’en 1244, date de la première charte d’affranchissement accordée aux habitants de Canet, le seigneur exerçait un véritable monopole : les vassaux lui doivent une redevance ou taxe seigneuriale dès que du sel est prélevé.

 

La gabelle et l’abandon des salins

Avant le traité des Pyrénées, le sel de Canet était introduit de façon frauduleuse dans le Languedoc car non-soumis à la Gabelle (taxe royale). Ces ventes posaient un problème de concurrence face aux salins de Sigean, Peyriac et Mardirac. Le traité prévoit que le roi de France respectera les privilèges catalans et en conséquence l’exemption de l’impôt sur le sel. Or, Louis XIV renie sa promesse et décide d’instaurer, à partir du 1er janvier 1662, la gabelle. Son établissement provoqua le mécontentement de la population. Des habitants vont se livrer à la contrebande et certains ont été condamnés.
Les salins furent placés sous le contrôle de garde, de façon à ce que les propriétaires ne puissent écouler eux-mêmes leur production. Il en résulta de nombreuses pertes. Si bien qu’en 1670, les salins de Canet étaient à l’abandon… En 1709, un document atteste qu’il reste 7 981 sacs de sel dans l’entrepôt mais on ne relève aucune production locale. Devenu vétuste, l’entrepôt de Canet est entièrement reconstruit. En 1757, presque cent ans après leur abandon, un notaire de Perpignan forme le « syndicat dels interessats » pour tenter de faire revivre l’exploitation. En vain, car la loi était devenue trop contraignante et un devis de la remise en état des salins, fait en 1788, s’élevait à 66 000 francs ! À la Révolution, la gabelle est supprimée et l’entrepôt à sel, vendu comme bien national.

 

Épidémies, conflits et disparition

Après cessation, les abords de l’étang sont devenus de véritables marais pestilentiels. Un foyer de fièvres paludéennes endémiques prit des tournures d’épidémies. Il faudra attendre 1803 pour que le maire de Canet, Jacques Bonet, lance le dessèchement des marais en creusant des canaux de drainage. En 1814, on constate le succès de l’opération.
La gabelle avait certes disparu mais le sel était toujours imposable. En 1817, suite à de très fortes chaleurs, l’évaporation fut considérable et une épaisse couche de sel recouvrait les alentours de l’étang. Les habitants se hâtaient pour faire des provisions mais les récoltes étaient illégales. Des lettres du maire de Sant Nazari, du préfet et du directeur des douanes font état de bandes armées sur les lieux. En 1822, plus de 300 personnes vont être traduit devant le tribunal correctionnel de Perpignan.
Pour détruire le sel, la solution est de creuser un canal de communication entre la mer et l’étang. En 1824, deux canaux furent ouverts aux frais de l’Etat et de la Direction générale des douanes pour amener dans l’étang les eaux des ruisseaux de Canet et d’Elne, qui jusqu’alors allait se jeter dans la mer. Cette mesure administrative empêcha la cristallisation et la conservation du sel.

La fin des salins a appauvri le village pendant un temps. En 1813, la commune ne comptait plus que 220 habitants alors qu’il y avait 2 500 âmes des années auparavant. L’économie canétoise a donc dû se réadapter. Le XXe siècle apportera un nouvel élan avec notamment le tourisme et le vin.

Source : Canet – Par l’histoire et par l’image.

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